Voilà quatre jours que nos pieds ont foulé le sol guyanien, que nos peaux ont plongé dans la moite chaleur tropicale, que nos yeux ont appris à voir différemment. Et déjà, après cette petite centaine d'heures, je me sens changée. La nuit tombe sur l'outre-mer ; dix-neuf heures ici, vingt-trois là-bas, en France Métropolitaine. La métropole éthérée et sage travailleuse, apprivoisée et domptée est un cocon protecteur pour les enfants de la modernité : la mort est écartée dans un infini temporel, et les lieux de morts ne sont qu'une anomalie ponctuelle rapidement gommée. Ici c'est bien différent.
Chaque action s'accompagne de ses rudes conséquences. Perdus au milieu de la forêt sans connexion aucune avec le monde rassurant des techonolgies et techniques avancées, entourés de moustiques véhiculant peut-être le paludisme et de bêtes inconnues, le souffle s'accélère et le coeur se fait entendre. D'abord le seul répis se trouve dans le lourd sommeil - conséquence immédiate de l'association du décalage horaire et de la lourdeur de l'air. Puis, manches longues, produits repousse insectes et climatisation ou ventilateur suffisent à apaiser les peurs. Et progresseivement, insidueusement, sans prévenir, la confiance si naturellement acquise sur le continent européen reprend ses droits dans les lieux visités régulièrement.
La végétation est extraordinaire de générosité. Il suffirait de lire Baudelaire, regarder le Douanier R., et Gauguin, fermer les yeux, et pour l'image tout est là. Il faudrait ensuite lire l'Amant, pour le climat. Et à peu de choses près, la Guyane est là, languissante de chaleur et mouillée de pluies récurrentes, arborant fièrement son trop plein de vert. Il n'y a pas un endroit si ce n'est l'horizon océanique où l'on puisse se reposer de la couleur de l'espoir. Mais la Guyane n'est pas le pays de l'Espoir (...)
Des centaines d'arbres se cotoyent et se chevauchent, s'embrassent ne laissant aucun espace à l'aventurier hésitant à violer les forêts vierges. Des fruits savoureux. Des tatous et des paresseux narguent notre ignorance.
Mais la nuit tombe et la ville s'éclaire intérieurement : l'alcool sucré coule, les corps s'échauffent, la danse commence. Ici, tout est différent ... Les rapports humains se transforment et s'épaississent. La lutte donne la solidarité, la peur - l'amour de l'autre. Une danse partagée avec un inconnu, un Noir Marron travesti en femme ; une hierarchie abolie le temps de quelques insants. Le rhum est tel une évidence claire, la nourriture est savoureuse mais rapidement oubliée devant la fièvre nocturne.
On a survécut, jusque là. Heureux.
Chaque action s'accompagne de ses rudes conséquences. Perdus au milieu de la forêt sans connexion aucune avec le monde rassurant des techonolgies et techniques avancées, entourés de moustiques véhiculant peut-être le paludisme et de bêtes inconnues, le souffle s'accélère et le coeur se fait entendre. D'abord le seul répis se trouve dans le lourd sommeil - conséquence immédiate de l'association du décalage horaire et de la lourdeur de l'air. Puis, manches longues, produits repousse insectes et climatisation ou ventilateur suffisent à apaiser les peurs. Et progresseivement, insidueusement, sans prévenir, la confiance si naturellement acquise sur le continent européen reprend ses droits dans les lieux visités régulièrement.
La végétation est extraordinaire de générosité. Il suffirait de lire Baudelaire, regarder le Douanier R., et Gauguin, fermer les yeux, et pour l'image tout est là. Il faudrait ensuite lire l'Amant, pour le climat. Et à peu de choses près, la Guyane est là, languissante de chaleur et mouillée de pluies récurrentes, arborant fièrement son trop plein de vert. Il n'y a pas un endroit si ce n'est l'horizon océanique où l'on puisse se reposer de la couleur de l'espoir. Mais la Guyane n'est pas le pays de l'Espoir (...)
Des centaines d'arbres se cotoyent et se chevauchent, s'embrassent ne laissant aucun espace à l'aventurier hésitant à violer les forêts vierges. Des fruits savoureux. Des tatous et des paresseux narguent notre ignorance.
Mais la nuit tombe et la ville s'éclaire intérieurement : l'alcool sucré coule, les corps s'échauffent, la danse commence. Ici, tout est différent ... Les rapports humains se transforment et s'épaississent. La lutte donne la solidarité, la peur - l'amour de l'autre. Une danse partagée avec un inconnu, un Noir Marron travesti en femme ; une hierarchie abolie le temps de quelques insants. Le rhum est tel une évidence claire, la nourriture est savoureuse mais rapidement oubliée devant la fièvre nocturne.
On a survécut, jusque là. Heureux.